RESONANCES — Révéler la structure : autour du travail de Simone Pheulpin
Marie GaillacShare
La question de la révélation de la structure est centrale dans ma recherche.
Elle engage une manière de comprendre un objet non pas par son apparence, mais par ce qui le constitue.
Cette problématique se retrouve de manière particulièrement juste dans le travail de Simone Pheulpin.
Ses sculptures sont réalisées à partir de bandes de coton, pliées et maintenues par des épingles.
Ce système de plis et de tensions construit la forme.
Pourtant, cette structure n’est pas immédiatement visible.
À première vue, les œuvres apparaissent comme des masses compactes, presque minérales, dont le mode de fabrication reste difficile à identifier.

La compréhension de l’objet passe alors par un second niveau de lecture.
Lorsque la structure est révélée — notamment à travers la radiographie — les épingles apparaissent et dessinent l’organisation interne de la forme.
Elles ne sont pas un détail : elles sont ce qui permet à la sculpture d’exister.
Ce déplacement du regard est essentiel.
Il ne s’agit plus de lire l’œuvre à partir de sa surface, mais à partir de sa construction.
Dans mon travail, cette question se pose de manière proche, mais à travers un autre processus.
L'ouvrage en fibres que je réalise constitue une structure.
Elle organise la forme avant même son apparition.
L’empreinte agit comme un révélateur.
Elle ne produit pas une image au sens classique, mais rend visible cette organisation interne.
Les nœuds, les tensions, les croisements de la fibre s’impriment dans le papier.
Ils deviennent lisibles.
Comme chez Simone Pheulpin, la forme visible est le résultat d’un système.
Mais ce système n’apparaît pleinement qu’à travers un procédé de révélation.
Dans les deux cas, l’enjeu n’est pas de représenter un objet, mais de rendre perceptible ce qui le structure.

L’impression permet ici une lecture particulièrement précise.
Le contact direct entre la matrice et le papier capte le moindre détail de la fibre.
Chaque irrégularité, chaque variation de matière, chaque point de tension est transcrit avec exactitude.
Cette précision donne à l’image une qualité presque photographique.
Il ne s’agit pas d’une interprétation, mais d’une image d'archive de l'ouvrage.
L’estampe fonctionne comme une surface de capture, où la structure de la matière devient visible dans sa totalité.
Ce rapprochement avec la radiographie est important.
Dans les deux cas, l’image ne montre pas l’objet tel qu’il apparaît, mais ce qui le constitue.
Elle donne accès à une lecture interne de la forme, à son squelette.